Dans une France qui somnolait au rythme des années d'avant-guerre, le mois de Mai est arrivé avec ses rêves utopiques. Le monde allait réconcilier les rêves adolescents et la vie adulte. Le monde allait renoncer à faire son propre malheur et découvrir la sagesse, jeter les masques, déchirer les décors trompeurs.
Et tout a fini en pantalonnade. Les chiens de garde de la tradition, de l'ordre ont repris les choses en main. Les hommes politiques, syndicalistes, maître à penser de toute obédience ont repris la confiance qu'ils avaient perdus. Ils ont reconstruit des murs avec leurs mots usés mais inusables autour de la liberté qui ne pouvait être que de l'anarchie.
Sous les pavés, il n'y avait pas la plage. Toute une jeunesse a cru qu'il suffisait de vouloir assez fort pour changer la société, mais elle a vite découvert la rigidité, l'implacable immobilité des choses et des idées. Ce qui pouvait changer le monde le ferait à leur avantage parfois même en se revendiquant dans le droit-fil du mois de Mai
Mais combien n'avaient pas vécu ce mois de Mai avec espoir mais avec de la peur et du dégout.
Le grand Jacques lui-même ne pouvait suivre cette jeunesse. Ses "Bonbons 68" lui étaient resté en travers de la gorge. "il nous fallu bien du talent pour être vieux sans être adulte" Il était trop lucide et ne pouvait vivre la naïveté, l'effronterie et le besoin d'infini de la jeunesse.
En ces temps on l'on entend tous les intellectuels, tous les hommes politiques s'incliner devant l'inéluctable réalité "on n'y peut rien, c'est le monde ultra-libéral, c'est la mondialisation! la france doit se moderniser (c'est à dire le darwinisme social: chacun pour soi, et les plus forts, ou les plus riches ou les plus cyniques c'est les mêmes, survivent) En ces temps non pas de progrés mais de régression on en vient à regretter le temps des utopies qui ont changeait le monde en bien ou en mal mais donnait à l'homme l'impression qu'il était possible de maîtriser son destin.