chengyu du jour

lundi 27 juin 2011

LES RACONTEURS

LES RACONTEURS
C'est l'histoire d'un mec qui avait la mémoire absolue. Ne souriez pas, car malgré ce début, ce n'est pas du tout une histoire drôle.
Tout ce qu'il entendait, lisait ou voyait, sentait ou percevait par tout autre de ces cinq sens, restait gravé dans sa mémoire éternellement.
Il avait la mémoire absolue à l'image de l'oreille absolue de certains musiciens.
Cela fut bien entendu, au départ, un énorme avantage, évidemment, dont il est inutile de préciser plus les détails, scolairement et professionnellement, c'est évident.
Mais au fur et à mesure que le temps passait il se rendit compte qu'il y avait des inconvénients de plus en plus perturbants.
Il se rendit compte par exemple, assez vite, en fin d'adolescence qu'il se souvenait de choses qu'il aurait préféré oublier comme nous en avons tous la possibilité, par la grâce de la mémoire selective élimiminant d'elle même les souvenirs trop déplaisants (une partie de la célèbre résilience de Boris Cyrulnik ).
Et puis cela devint assez rapidement bien pire encore.
Son cerveau qui lui, avait quand même une capacité non infinie, quoique immensément plus gigantesque que celle du reste des mortels, un jour arriva à saturation.
Ce fut alors un énorme drame auquel il aurait été préférable de ne pas assister, tout ceux qui le virent peuvent en témoigner.
En effet, son cerveau sous la pression de trop de mémoire accumulée explosa littéralement et répandit la totalité de ses souvenirs sur le sol.
Cela répresenta et couvrit, même sous la forme des gigabits sous laquelle le cerveau les conserve, une surface inimaginable pour un cerveau normalement conçu comme le notre, commun des mortels ( tiens cette expression, j'ai le sentiment de l'avoir déjà dans ma mémoire, l'ai je déjà utilisée ?).
Mais bref, à tel point que personne ne cru que ce put etre cela qui se répandait sous leurs yeux, et de toute façon ils n'avaient mémoire d' aucune solution ni parade. Puis, aussitôt qu'ils le purent, les gigabits, qui ne pouvait survivre trés longtemps ils le savaient, hors d'un cerveau, pénétrèrent aussitot dans le premier cerveau qu'ils eurent à leur portée.Evidemment tous ces souvenirs nouveaux d'un seul coup, et les négatifs surtout, rendirent la vie impossible à ceux qui les intégrèrent aussi vite à leur propre mémoire.
Il était en effet extrèmement perturbant, vous vous en doutez bien, de ressentir ou pire de visualiser, des souvenirs dont on perçoit, consciemment ou insciemment
qu'ils n'etaient pas les siens propres.
Alors comment tout cela finit il, vous demandez vous sans doute déjà?
Eh bien dans la mesure de mon possible, je vais vous en dire ce que j'en sais, mais sachez bien, et croyez moi autant que vous le pouvez, que rien n'est plus garanti au niveau des souvenirs humains depuis que ce drame se déroula.
En effet, il faut maintenant lorsque l'on veut faire référence à des souvenirs, en citer par exemple, (ce qui est le cas maintenant) aller tout d'abord vérifier avant de les répéter, qu'ils sont bien les votres propres et originels, (sinon vous imaginez le cafouillage supplémentaire que cela provoquerait) au bureau des souvenirs perdus, ce que je suis précisément en train de faire actuellement.
Mais l' étape préalable de cette opération est de demander à la personne à qui vous allez la raconter qu'elle ne fait pas déjà partie de ses souvenirs, ce qui montrerait en effet, avant toute autre vérification qu'elle n'est pas la votre, c'est là une évidence.
Il ne faut donc pas déranger le bureau inutilement, il a déjà tellement de travail, sans parler des souvenirs de plus en plus troubles aussi, de ses opérateurs, rendant également, pour eux, les opérations de vérification de plus en plus délicates.
Mais il ne faut pas trop que je m'étende sur le sujet car il pourrait vous sembler si je suis trop long, que vous la connaissez déjà, alors qu'elle vient à peine d'y entrer par le fait de mon récit en cours.
Alors demandez vous tout de suite si elle y était déjà ?
Sinon, et je le souhaite vivement, cela confirme bien que cette nouvelle est inédite et que je peux donc alors tranquillement, mais rapidement tout de même
la transmettre à mon éditeur, avant qu'elle ne lui parvienne par le biais de la mémoire d'un autre raconteur.
(droits déposés sous enveloppe)
Claude

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